1918 : Devenir français ?

Cent ans après la fin de la guerre de 1914/18, les langues se délient enfin. En 1870, tout comme en 1918, moins de 10 % des Alsaciens-Lorrains étaient francophones. L’occupation militaire française et le changement de régime était traumatisants pour une bonne partie de la population, qui deviendra autonomiste.

Durant la période 1871/1918 et même après, de nombreux mariages ont été célébrés entre des Alsaciens-Lorrains et des Allemands d’autres Länder.  L’épuration ethnique de 1918/19 a brisé bon nombre de familles.

Pour les germanophobes, ces mariages sont encore tabous. Au début du siècle dernier, les mariages entre catholiques et protestants étaient mal vus, mais pas entre Alsaciens et Badois.

Ci-dessous un excellent article de France3. Juste une petite rectification, le héros de l’histoire n’est pas redevenu français, puisqu’il est né allemand.

Source : France3 10/11/2018 – Cécile Poure

TEMOIGNAGE

En 1918, tous les Alsaciens n’étaient pas heureux de redevenir français

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Frederic Brandstaedt en 1916

Le grand-père de Georges Borkowski était alsacien. Il a vécu de plein fouet les aléas de l’Histoire. Soldat dans l’armée allemande en 1914, il est redevenu français en 1918. Sur ses papier mais pas dans son coeur. Jamais. Non, toute l’Alsace n’était pas heureuse de réintégrer la France. Témoignage.

Nous avons contacté Georges Borkowski suite à un appel à témoignages consacré à la Première Guerre mondiale. Dans un mail qu’il nous a fait parvenir, il a choisi de raconter l’histoire de son grand-père Frederic Brandstaedt, alsacien, né en 1894. Né allemand. Ce témoignage nous a particulièrement touché. Voir troublé. Tant il sort des discours convenus. Tant il sort de la belle histoire racontée par les vainqueurs au coin du feu. Celle où dans l’euphorie de l’armistice, les Alsaciens nés allemands comme Frédéric et ayant fait la guerre en tant que tels, auraient, du jour au lendemain, retourner casaque et drapeaux le cœur léger. Non. Pour Frederic Brandstaedt, comme pour d’autres, l’Histoire est toute autre.
 

« Il n’en parlait jamais »

Quand Georges Borkowski évoque son grand-père maternel, l’émotion affleure.  » Je suis très attaché au souvenir de mon grand-père. Il s’est toujours occupé de nous. Mes premiers musées, c’est grâce à lui. A l’époque, on vivait tous ensemble, mes grands-parents, mes parents, ma soeur et moi dans un deux pièces. Route du Neuhof à Strasbourg. Ça a duré onze ans. » Très proche mais si lointain. Car l’histoire de ce grand-père, Georges ne la découvrira qu’au compte-gouttes et bien plus tard. « A six ans j’ai pris conscience qu’il avait été soldat parce qu’à Noël, mon père et mon grand-père tiraient en l’air avec un fusil. C’était l’arme de guerre que mon grand-père avait gardé.« 

C’était une trop grande souffrance

Le petit garçon fait d’autres découvertes : « Au grenier, j’ai trouvé tous ses effets, son équipement militaire au grand complet. Il avait tout gardé. Chez moi, j’ai encore sa baïonnette. Mon grand-père ne parlait jamais de la guerre. Je crois que c’était une trop grande souffrance de se remémorer tout ça. Un réel traumatisme. »
  Georges Borkowski petit garçon entouré de son grand-père (à droite) de son père et de sa soeur. Photo prise au Neuhof.

« Soldat allemand dans la Somme : un traumatisme  » 

C’est en interrogeant bien plus tard sa mère que Georges arrive à reconstituer un pan de son histoire. » J’ai appris quelques bribes. Il est né allemand en 1894 et a suivi une scolarité allemande. Il a donc effectué son service militaire et vécu la Première Guerre mondiale sous l’uniforme allemand avec pour ennemi, notamment l’armée française. C’est important de le rappeler. Il a été affecté dans la région de la Somme où il a pris une balle anglaise dans le genou. Ça l’a rendu légèrement invalide. » A partir de cette époque et jusqu’à la fin de la guerre Frederic Brandstaedt sera affecté à la surveillance des prisonniers de guerre. Comme en témoigne cette photo prise en 1916 dans un camp de prisonniers dans les Balkans.
  Fredric Brandstaedt (assis à droite avec une casquette) en 1916 entouré de prisonniers de guerre dans les Balkans. Carte postale envoyée du camp par Frederic à sa mère datée de 1916  

« Il n’a jamais accepté d’être français »

En novembre 1918, Frederic Brandstaedt devient français. Sur le papier. Sur ses papiers. « Il a très mal vécu le changement de nationalité. Il ne l’a même jamais accepté. Il n’a jamais parlé français ni son épouse. A cette époque-là de toute façon, tout le monde parlait alsacien. Il n’en a simplement jamais eu besoin. Jusqu’à sa mort en 1975. » Une souffrance mais pas de rancoeur.  » Il ne m’a pourtant pas dit qu’il ne voulait pas parler Français. C’est autre chose. Il n’avait pas de rancoeur contre la France non. Il ne l’a jamais même critiquée. Juste une blessure. »

Quand l’Allemagne a annexé l’Alsace Moselle, il était content

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Frederic Branstaedt soutient l’ennemi. L’Allemagne. « Il est resté allemand dans l’âme. Quand l’Allemagne a annexé l’Alsace Moselle, il était content. En 1940, le parti nazi lui a demandé d’être concierge d’immeuble. Blockleiter. Dans le quartier du Neuhof à Strasbourg [Le Blockleiter était responsable du parti pour un bloc de maisons. Il devait tout savoir et tout connaître de son bloc, ndlr] «  Je ne sais pas s’il était volontaire ou non. Tout ce que je sais c’est qu’à la Libération, il a dû s’expliquer. » 

Je crois qu’il ignorait les saloperies qu’avaient faites les nazis. Après, il a dû avoir honte.

 » Tout ça bien sûr, il ne m’en a jamais parlé. C’est ma mère qui me l’a dit. Il avait des sympathies vis-à-vis de l’Allemagne. Nazi, je sais pas. Vraiment. Je crois qu’il ignorait les saloperies qu’avaient faites les nazis. Quand il a dû apprendre ce qu’était le régime nazi il a dû avoir honte. Sur ça : silence radio. Mais je suis sûr d’une chose : il n’a jamais été antisémite.  » 

« C’était important pour moi de témoigner »

Si Georges a tenu à nous livrer ce témoignage c’est pour deux raisons. Pour démystifier d’abord. « Contrairement à ce qu’on m’a appris à l’école primaire, tous les Alsaciens n’étaient pas fiers d’être nationalisés français après la guerre. L’Alsace toute heureuse de redevenir française en 1918 : c’est faux, voilà. Il faut que l’on sorte de ce mythe aujourd’hui à l’occasion de ce centenaire. C’est important. Moi je sais que mon grand-père n’était pas du tout heureux. Et il ne devait pas être le seul, loin de là. » 

Il faut sortir du mythe à l’occasion de ce centenaire. C’est important

Et puis Georges a voulu mettre l’accent aussi sur l’Alsacien.  » C’était leur langue. Pas le Français. Pas l’Allemand. Mes grands-parents n’ont jamais parlé Français. Ca aussi c’est important. Histoire de recontextualiser les choses. »

Source : France3 10/11/2018 – Cécile Poure

 

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